S’installer en Andorre ne consiste pas simplement à louer un appartement, ouvrir un compte bancaire et demander une carte de résident. Le pays propose plusieurs autorisations de résidence, chacune répondant à une situation différente : salarié recruté par une entreprise locale, entrepreneur, investisseur, retraité, professionnel travaillant principalement à l’international ou encore nomade digital.
Le bon statut dépend donc moins de votre niveau de revenus que de ce que vous comptez réellement faire une fois installé.
C’est un point important, car les règles ont sensiblement évolué ces dernières années. Les quotas d’immigration ont été resserrés en 2026, certaines exigences financières ont augmenté et les conditions linguistiques prennent progressivement davantage de place lors des renouvellements. Les montants encore présents dans de nombreux articles publiés en 2024 ou 2025 peuvent ainsi être devenus obsolètes. Le Gouvernement andorran a notamment adopté en mars 2026 de nouveaux quotas pour les résidences sans travail et les autorisations pour compte propre.
Quels sont les principaux types de résidence en Andorre ?
La première distinction à comprendre est celle qui existe entre la résidence avec activité professionnelle et la résidence sans travail.
Une personne recrutée par une entreprise andorrane relève normalement d’une autorisation de résidence et travail. Le Gouvernement précise que cette autorisation permet de résider et de travailler dans le pays de manière permanente et effective pendant sa durée de validité. Elle suppose notamment de bénéficier d’un poste correspondant à la réglementation et au quota applicable et de disposer d’un contrat avec une entreprise légalement constituée en Andorre.
Un entrepreneur ou un professionnel travaillant pour son propre compte relève d’un autre régime. Dans certaines situations impliquant une société issue d’un investissement étranger, il doit notamment détenir plus de 34 % du capital de l’entreprise andorrane et exercer une fonction au sein de son organe d’administration.
La résidence sans travail répond à une logique différente. Elle regroupe notamment la résidence sans activité lucrative, les professionnels à projection internationale, certaines personnes reconnues dans les domaines scientifique, culturel ou sportif et les personnes admises dans certaines structures médicales ou gériatriques. Ces régimes imposent généralement une résidence principale et effective en Andorre pendant au moins 90 jours par année civile.
Le régime de nomade digital constitue encore une catégorie distincte. Il s’adresse aux personnes dont le travail ne nécessite pas de localisation géographique précise et qui utilisent principalement les télécommunications et les technologies pour exercer leur activité. Le demandeur doit notamment obtenir une décision favorable du ministère chargé de l’économie et établir sa résidence principale et effective en Andorre pendant au moins 90 jours par an.
Résidence active : faut-il réellement passer 183 jours par an en Andorre ?
C’est une confusion très fréquente.
Pour une autorisation de résidence et travail, le Gouvernement parle de résidence « permanente et effective ». La page administrative ne transforme pas les 183 jours en condition générale de délivrance de toutes les résidences actives.
Le seuil de 183 jours appartient surtout à la fiscalité.
Pour être considéré comme résident fiscal andorran, l’un des critères prévus par l’IRPF consiste à vivre plus de 183 jours sur le territoire pendant l’année civile. Une personne peut également être considérée comme résidente fiscale lorsque le noyau principal de ses activités ou de ses intérêts économiques se trouve en Andorre.
Il faut donc séparer deux questions.
La première est administrative : votre autorisation d’immigration vous permet-elle de résider et éventuellement de travailler en Andorre ?
La seconde est fiscale : dans quel pays êtes-vous effectivement résident fiscal ?
Dans une installation classique, les deux situations sont généralement cohérentes. Mais utiliser systématiquement « 183 jours » comme condition de tous les permis de résidence crée de la confusion, en particulier pour les résidences sans travail et le statut de nomade digital, pour lesquels le Gouvernement mentionne un minimum administratif de 90 jours.
Résidence sans activité lucrative : les règles ont changé en 2026
C’est l’un des domaines où les informations anciennes posent aujourd’hui le plus de problèmes.
Pendant plusieurs années, le chiffre de 600 000 € a beaucoup circulé lorsqu’il était question de résidence passive. Ce montant ne correspond plus aux nouvelles demandes relevant des règles applicables en 2026.
Lors de l’ouverture du quota de mars 2026, le Gouvernement a indiqué que les nouveaux résidents passifs doivent réaliser un investissement minimal total d’un million d’euros. Il précise également une contribution à fonds perdu de 50 000 € pour le titulaire principal et de 12 000 € pour chaque personne à sa charge.
Cette évolution est importante puisque la contribution de 50 000 € ne doit pas être présentée comme un simple dépôt bancaire récupérable au terme de la résidence.
Les anciennes règles et certains formulaires peuvent encore faire apparaître des références à des dépôts non rémunérés. C’est précisément pourquoi, pour un dossier ouvert en 2026, il faut vérifier la version du régime qui s’applique au moment du dépôt et ne pas travailler à partir d’une ancienne checklist enregistrée plusieurs mois auparavant.
Le Gouvernement a également réduit le nombre de nouvelles autorisations disponibles. Pour 2026, le contingent de résidence sans travail comprend 200 autorisations, dont 163 réservées à la résidence sans activité lucrative, 10 aux professionnels à projection internationale, 17 aux résidences motivées par un intérêt scientifique, culturel ou sportif et 10 aux admissions dans certains établissements gériatriques ou médicaux.
Un candidat à la résidence passive ne doit donc pas uniquement se demander s’il dispose du patrimoine suffisant. La disponibilité du quota fait également partie du dossier.
Quels revenus faut-il justifier pour une résidence sans travail ?
Pour la résidence sans travail concernée par cette condition, le Gouvernement demande au titulaire principal de démontrer des revenus annuels supérieurs à 300 % du salaire minimum annuel en vigueur. Il faut ajouter 100 % de ce même indicateur pour chaque personne à charge.
Ce montant a changé en cours d’année 2026.
Le salaire minimum avait initialement été fixé à 1 525,33 € par mois au 1er janvier. Le 1er juillet 2026, le Gouvernement a cependant adopté une augmentation exceptionnelle de 2,8 %, portant le salaire minimum mensuel à 1 568,67 €.
Sur cette base, 300 % du salaire minimum annuel correspondent désormais à environ 56 472,12 € par an pour le titulaire principal. Chaque personne à charge représente environ 18 824,04 € supplémentaires par an.
Un titulaire avec deux personnes à charge doit donc pouvoir justifier, sur cette base, un niveau d’environ 94 120,20 € par an. Avec trois personnes à charge, par exemple un conjoint sans ressources propres et deux enfants reconnus comme personnes à charge dans le dossier, l’ordre de grandeur atteint environ 112 944,24 €.
Il faut cependant vérifier la manière dont chaque membre du foyer est juridiquement pris en compte dans le dossier plutôt que d’appliquer mécaniquement une multiplication à toute la famille.
C’est un bon exemple de la vitesse à laquelle une information apparemment précise peut devenir fausse. Un article utilisant encore le salaire minimum du 1er janvier 2026 aboutit désormais à un seuil inférieur à celui résultant du salaire minimum applicable depuis le 1er juillet.
Résidence pour compte propre : quelles sont les conditions pour un entrepreneur ?
L’autorisation de résidence et travail pour compte propre permet de résider en Andorre et d’y exercer une activité indépendante.
Dans le cas d’un entrepreneur passant par une société issue d’un investissement étranger, la procédure administrative prévoit notamment la constitution d’une société andorrane dans laquelle le demandeur détient une participation supérieure à 34 %, ainsi que l’exercice d’une fonction au sein de l’organe d’administration de cette société. Le Gouvernement exige également que l’entreprise dispose d’un commerce enregistré et réellement actif en Andorre dans le délai prévu par la procédure.
La réglementation 2026 a également renforcé l’accès à ce régime.
Le contingent ouvert en mars comprend 200 autorisations pour compte propre. Le Gouvernement les a réparties entre 150 autorisations liées à un investissement étranger, 30 pour des professions libérales hors médecine et 20 pour des médecins relevant de la catégorie prévue. Ces catégories sont distinctes : l’épuisement de l’une d’elles ne signifie pas nécessairement que des places disponibles dans une autre peuvent être transférées.
Un autre point mérite une vérification attentive au moment du dépôt. La page générale de la procédure pour compte propre mentionne encore un versement de 50 000 € auprès de l’Autorité Financière Andorrane sous forme de dépôt non rémunéré. Dans sa communication relative aux règles applicables aux nouvelles autorisations en 2026, le Gouvernement indique cependant que les nouvelles demandes relevant du dispositif plus restrictif doivent apporter 50 000 € à fonds perdu.
Lorsqu’une page de procédure et une règle nouvellement entrée en vigueur ne sont pas encore parfaitement harmonisées dans leur présentation, il serait imprudent de promettre au candidat que les 50 000 € seront récupérables. Ce point doit être confirmé avec l’Immigration ou le conseil chargé du dossier avant tout versement.
Le statut de nomade digital est-il plus simple ?
Il peut être adapté à certains profils, mais il ne s’agit pas d’un raccourci permettant à n’importe quel indépendant de s’installer en Andorre.
Le statut vise les personnes dont le travail peut réellement être exercé indépendamment d’un lieu géographique déterminé grâce aux technologies et aux télécommunications. Une validation préalable du ministère chargé de l’économie est requise. Il faut également disposer d’un logement conforme, justifier de ressources suffisantes, maintenir une couverture d’assurance appropriée et résider principalement et effectivement en Andorre pendant au moins 90 jours par année civile.
La résidence de nomade digital est soumise à un quota. La page administrative officielle confirme cette condition sans afficher, dans la version actuellement accessible, un nouveau chiffre annuel qu’il serait prudent de présenter comme universel pour 2026.
Il vaut donc mieux vérifier la disponibilité du contingent directement au moment du projet plutôt que de partir d’un ancien chiffre de « 50 places » trouvé dans un article ou un forum.
L’autorisation initiale est accordée pour deux ans. La première rénovation est également prévue pour deux ans, puis la deuxième pour trois ans, avant des périodes plus longues dans les conditions prévues par la réglementation.
Quels documents faut-il préparer ?
Le contenu précis du dossier dépend du statut, mais plusieurs pièces reviennent dans la plupart des procédures.
Il faut généralement pouvoir justifier son identité avec un passeport valide ou, lorsque la procédure l’admet, une pièce nationale d’identité. Le Gouvernement demande également des certificats d’antécédents pénaux provenant notamment du pays d’origine, du pays de nationalité et des pays de résidence concernés. Une photographie récente, des justificatifs d’état civil et une preuve d’hébergement en Andorre font également partie des documents courants.
Les documents officiels émis par des autorités étrangères doivent être authentifiés conformément aux règles applicables, notamment par apostille de la Convention de La Haye ou par légalisation lorsque cela est nécessaire.
Il faut également anticiper les documents propres au statut demandé.
Un salarié devra notamment présenter les éléments liés à son emploi. Un indépendant ou dirigeant devra documenter son entreprise et sa fonction. Un résident sans activité lucrative devra apporter les justificatifs financiers, le logement, la couverture d’assurance et les preuves relatives à son investissement. Un nomade digital doit notamment disposer de la décision favorable du ministère chargé de l’économie.
L’approche la plus sûre n’est donc pas de télécharger une « liste universelle des documents pour vivre en Andorre ». Il faut commencer par déterminer exactement la catégorie de résidence, puis utiliser la fiche administrative correspondante.
Le catalan est-il désormais obligatoire pour renouveler sa résidence ?
Pour certaines catégories, oui, et cette exigence devient progressivement plus importante.
Les titulaires concernés par les nouvelles autorisations de résidence et travail doivent notamment pouvoir justifier le niveau A1 de catalan lors de la première rénovation et le niveau A2 lors de la seconde. Le Gouvernement confirme cette obligation dans ses informations actuelles sur les renouvellements.
Après la période transitoire, les premières rénovations relevant des nouvelles règles postérieures au 26 avril 2026 doivent s’appuyer sur un diplôme officiel A1 ou une qualification reconnue équivalente. La deuxième rénovation est liée au niveau A2.
Pour d’autres catégories, notamment certaines résidences sans travail, le compte propre ou les statuts liés à l’économie digitale, le calendrier d’application n’est pas nécessairement identique. Il faut donc regarder le statut exact et l’année de renouvellement plutôt que d’affirmer que toute personne obtenant une résidence en 2026 doit immédiatement produire un certificat A1.
Dans tous les cas, commencer à apprendre le catalan dès l’installation est devenu beaucoup plus pertinent qu’il y a quelques années, non seulement pour l’intégration quotidienne mais aussi parce que la politique linguistique est désormais directement liée à certaines autorisations de séjour.
Quelle fiscalité pour un résident en Andorre ?
La fiscalité andorrane est souvent l’une des motivations de l’installation, mais elle est régulièrement simplifiée à l’excès.
Pour la base générale de l’IRPF, les revenus nets inférieurs à 24 000 € bénéficient du minimum exonéré prévu. Entre 24 001 et 40 000 €, le mécanisme de bonification conduit à un taux équivalent de 5 %. Au-delà de 40 000 €, le taux général applicable est de 10 %. Pour la base d’épargne, les premiers 3 000 € bénéficient du minimum prévu et le taux applicable est ensuite de 10 %.
Un résident fiscal andorran est en principe imposé sur ses revenus mondiaux, c’est-à-dire indépendamment du pays dans lequel les revenus ont été produits ou de l’État dans lequel se trouve le payeur, sous réserve des exonérations et des conventions fiscales applicables.
Toutes les personnes résidentes ne sont cependant pas obligées de déposer exactement les mêmes déclarations dans toutes les situations. Le Gouvernement indique notamment des règles différentes selon la présence de revenus d’activités économiques, de revenus du travail, de revenus immobiliers, de revenus mobiliers non soumis à retenue ou de gains et pertes en capital.
Il est donc préférable d’éviter l’affirmation selon laquelle « tout résident doit toujours déposer une déclaration IRPF, même sans revenu ». Les obligations dépendent du type et du niveau de revenus.
Quelle fiscalité pour une entreprise andorrane ?
Le taux général de l’impôt sur les sociétés est actuellement de 10 %. Des règles ou régimes particuliers peuvent toutefois conduire à un traitement différent pour certaines entités ou opérations.
L’IGI, qui constitue l’impôt général indirect sur la consommation, fonctionne avec plusieurs taux. Le taux général est de 4,5 %, tandis que des taux de 0 %, 1 %, 2,5 % ou 9,5 % existent pour certaines opérations déterminées.
Ces taux relativement faibles peuvent rendre Andorre attractive pour certains entrepreneurs, mais ils ne suffisent pas à déterminer si une structure andorrane est pertinente.
Une entreprise doit avoir une logique économique réelle. Créer une société dans le pays tout en continuant à exercer, décider et produire l’intégralité de l’activité depuis un autre État peut soulever des questions fiscales dans cet autre pays.
Pour un entrepreneur international, le choix d’Andorre doit donc être pensé à la fois sous l’angle de l’immigration, de la fiscalité personnelle et de la fiscalité de l’entreprise.