Andorre est encore régulièrement qualifiée de « paradis fiscal ». L’expression apparaît dans des articles de presse, des conversations entre entrepreneurs ou des contenus consacrés à l’expatriation. Mais en 2026, elle décrit assez mal le fonctionnement réel du pays.
La Principauté conserve une fiscalité sensiblement plus modérée que celle de nombreux grands États européens. Le taux général de l’impôt sur les sociétés est de 10 %, celui de l’IRPF est également de 10 %, avec des mécanismes qui réduisent l’imposition effective de certains revenus, et le taux général de l’IGI est de 4,5 %.
Mais faible fiscalité et absence de coopération fiscale sont deux choses différentes.
Andorre applique depuis plusieurs années l’échange automatique d’informations financières, participe aux standards internationaux de transparence et fait l’objet d’évaluations régulières. Au 13 août 2026, elle ne figure pas sur la liste de l’Union européenne des juridictions non coopératives à des fins fiscales. Le Conseil de l’UE la classe au contraire parmi les juridictions qui coopèrent avec l’Union et n’ont actuellement aucun engagement fiscal en attente.
Cela ne signifie pas que le système andorran serait exempt de toute faiblesse ni qu’aucune administration étrangère ne puisse regarder avec attention une structure installée dans le pays.
La situation réelle est plus intéressante : Andorre reste une juridiction à fiscalité modérée, mais elle n’est plus organisée autour du secret bancaire et de l’absence d’échange d’informations qui nourrissaient historiquement son image de paradis fiscal.
Que signifie exactement « paradis fiscal » ?
C’est la première difficulté du sujet : il n’existe pas une définition juridique mondiale unique permettant de répondre par oui ou par non à la question.
Les institutions utilisent plutôt des critères et des dispositifs précis.
L’Union européenne possède par exemple une liste de juridictions non coopératives à des fins fiscales. Elle évalue les pays sur des critères portant notamment sur la transparence fiscale, l’équité du système fiscal et les mesures destinées à lutter contre l’érosion des bases fiscales et le transfert artificiel de bénéfices.
L’OCDE et son Forum mondial utilisent d’autres mécanismes, notamment des examens par les pairs portant sur la transparence et l’échange d’informations fiscales. Les juridictions peuvent alors recevoir des évaluations telles que « Compliant », « Largely Compliant », « Partially Compliant » ou « Non-Compliant ».
Il est donc imprécis d’écrire qu’Andorre ne figure sur « aucune liste noire de l’UE, de l’OCDE ou de tous les organismes internationaux ».
L’Union européenne possède bien une liste formelle. L’OCDE utilise notamment des évaluations et mécanismes de suivi qui ne fonctionnent pas comme une liste noire unique comparable.
Pour analyser sérieusement la situation d’Andorre, il vaut mieux regarder ses résultats dans chacun de ces dispositifs.
Andorre figure-t-elle sur la liste noire fiscale de l’Union européenne en 2026 ?
Non.
La dernière révision disponible au 13 août 2026 a été adoptée par le Conseil de l’Union européenne le 17 février 2026.
Dix juridictions figurent actuellement dans l’annexe consacrée aux juridictions non coopératives. Andorre n’en fait pas partie.
Le Conseil va plus loin puisqu’il place expressément Andorre parmi les juridictions qui coopèrent avec l’Union européenne et n’ont pas d’engagement fiscal en attente.
Cette formulation est beaucoup plus précise que « Andorre n’est plus un paradis fiscal ».
Elle indique ce que l’Union européenne constate dans le cadre de son propre processus d’évaluation.
La prochaine révision de la liste est annoncée pour octobre 2026. Il ne faut toutefois pas confondre cette échéance avec une prétendue « réforme fiscale andorrane prévue en octobre 2026 ». Il s’agit du calendrier régulier de révision de la liste européenne, et non de l’annonce d’une nouvelle fiscalité andorrane.
Quelle est la position de l’OCDE sur Andorre ?
La situation est plus nuancée qu’un simple label positif ou négatif.
Le Forum mondial de l’OCDE a évalué Andorre dans le cadre de son examen de la transparence et de l’échange de renseignements sur demande. Lors de son examen de deuxième cycle en 2019, Andorre a obtenu la note globale « Largely Compliant », c’est-à-dire largement conforme.
Cette note signifie que le standard international est mis en œuvre dans une large mesure, mais que certaines améliorations restent nécessaires. Elle ne correspond donc ni à une condamnation du système andorran ni à une certification de conformité parfaite.
Le suivi publié par l’OCDE en juin 2026 est particulièrement intéressant pour comprendre cette nuance.
Il constate des progrès sur certains points, mais relève encore des difficultés concernant notamment la rapidité de certaines réponses aux demandes d’échange d’informations. L’OCDE indique par exemple qu’une recommandation relative aux délais de réponse n’a pas encore été suffisamment traitée et demande à Andorre de poursuivre ses efforts.
C’est précisément le type d’information qu’un contenu E-E-A-T doit conserver.
Dire seulement « l’OCDE reconnaît totalement Andorre » serait trop favorable. Dire que le pays ne coopère pas avec l’OCDE serait tout aussi incorrect.
La réalité est celle d’un pays intégré aux mécanismes internationaux, globalement évalué comme largement conforme, mais qui fait toujours l’objet de recommandations et de suivi.
Andorre pratique-t-elle l’échange automatique d’informations bancaires ?
Oui.
La loi andorrane relative à l’échange automatique d’informations fiscales est entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Elle met en œuvre le Common Reporting Standard, ou CRS, développé par l’OCDE.
Le système permet l’échange automatique d’informations sur certains comptes financiers entre Andorre et les juridictions partenaires.
L’accord entre Andorre et l’Union européenne permet notamment cet échange avec les États membres de l’UE.
Concrètement, lorsqu’une banque andorrane identifie un client comme résident fiscal d’un pays participant au dispositif, certaines informations financières entrant dans le champ du standard peuvent être communiquées dans le cadre de l’échange automatique.
Un Français qui demeure résident fiscal français ne doit donc pas considérer son compte andorran comme un compte secret situé hors du champ de l’administration française.
La confidentialité bancaire vis-à-vis du public existe toujours. L’opacité fiscale internationale, elle, n’est plus le modèle.
Les règles d’échange avec l’Union européenne continuent-elles d’évoluer ?
Oui.
En novembre 2025, le Conseil de l’Union européenne a approuvé une mise à jour des accords de coopération et de transparence fiscales conclus avec Andorre ainsi qu’avec plusieurs autres États européens non membres de l’Union.
Cette modernisation vise notamment à adapter l’échange automatique d’informations à de nouveaux standards internationaux et à étendre son champ à certains produits de monnaie électronique et actifs numériques.
Cette évolution est importante pour comprendre la direction prise par le pays.
Le système andorran n’évolue pas vers davantage de secret. Il évolue plutôt vers une intégration plus poussée dans les mécanismes internationaux de transparence financière.
L’impôt sur le revenu est-il réellement limité à 10 % ?
Le taux général de l’IRPF est bien de 10 %, mais il serait trompeur de présenter l’impôt comme une flat tax de 10 % sur la totalité des revenus.
Le système comporte notamment un minimum personnel et un mécanisme de bonification. Le Gouvernement indique qu’un taux équivalent de 5 % s’applique aux revenus concernés entre 24 000 et 40 000 €, avec une bonification maximale de 800 €.
La fiscalité effective peut donc être inférieure au taux nominal.
Elle dépend également de la nature des revenus.
Les revenus du travail, les activités économiques, l’immobilier, les revenus mobiliers et les gains en capital ne doivent pas être mélangés dans une simulation unique.
Pour une personne envisageant de devenir résidente fiscale d’Andorre, le bon calcul consiste à partir de ses véritables sources de revenus plutôt qu’à appliquer simplement 10 % à son revenu annuel brut.
Et l’impôt sur les sociétés ?
Le taux général actuellement publié par le Gouvernement est de 10 %.
Mais là encore, ce taux ne s’applique pas au chiffre d’affaires.
Une entreprise est imposée sur sa base fiscale déterminée conformément aux règles de l’impôt sur les sociétés.
Une société facturant 500 000 € par an mais ne réalisant que 100 000 € de bénéfice fiscal ne supporte donc pas 50 000 € d’IS uniquement parce que son chiffre d’affaires est de 500 000 €.
Si sa base taxable est réellement de 100 000 € et que le régime général s’applique, l’ordre de grandeur théorique correspondant au taux de 10 % est de 10 000 €.
Cette distinction paraît évidente à un fiscaliste, mais elle disparaît régulièrement dans les comparatifs simplifiés consacrés à Andorre.